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Majdi Smiri, fausse note, un voyage de l'écriture au générique

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Publié le 31/12/2011

“ Fausse note ”est votre premier film. Comment est née cette aventure ?

Majdi Smiri : Cette aventure est née par rapport à mon vécu, à mon expérience en tant que danseur, musicien et observateur de la société. Je suis un grand consommateur de films américains modernes contemporains. Je n’appartiens pas à l’école d’Hitchcock ou de Godard, mais à celle de Martin Scorcèse avec en plus une touche moderne et une écriture pleine d’inattendus à l’instar de ‘’The Departed ‘’. Quand j’ai décidé d’écrire un film, je voulais qu’il soit différent et qu’il reflète ce que je voulais. Pour commencer, j’ai écrit de brèves séquences qui n’avaient aucun lien entre-elles. Ensuite, j’ai essayé de monter une dramaturgie avec des évènements qui relient ces situations éparses. C’est ce qui explique l’ordre chronologique du scénario qui ne respecte pas le type d’écriture cinématographique habituelle.

A la base, comme tout cinéaste j’ai rêvé de faire un film. Durant deux années j’ai travaillé en tant que réalisateur de pub en tentant de faire tout ce dont j’avais envie. Je me suis dit que j’ai tout essayé. Un film de fiction, c’est presque une cinquantaine de séquences publicitaires reliées. Avec ce qui s’est passé en Tunisie, je me suis dit que c’était le moment ou jamais pour réaliser mon objectif qui n’est pas un rêve en soi, mais la somme de plusieurs rêves à la fois.

 “ Fausse note ” est une fiction qui tente de mettre en valeur le côté contemporain de la société tunisienne. Quelles sont les raisons à l’origine de ce choix ?

 A cause de nos films tunisiens, les occidentaux croient dur comme fer que nous vivons sous les tentes, nous nous déplaçons avec des dromadaires et que le pays ressemble à une grande et immense médina. Ceci n’est pas toujours le choix de nos cinéastes qui le font par obligation pour pouvoir financer leur production. Les Tunisiens ne se retrouvent pas dans cette image colportée par ce cinéma. Ils sont modernes, n’ont pas de tabous par rapport à leur corps et par rapport à la nudité et en ont marre des scènes de bains maures qui ne reflètent en aucun cas notre réalité actuelle.

En tant que cinéaste porteur de projets, j’ai pensé qu’il faillait rompre avec ces clichés et présenter une ima­ge qui soit le reflet réel de notre société. C’est de cela que vient le choix de l’histoire ainsi que les décors qui sont très importants dans ce film. Car chaque décor est un personnage qui joue son propre rôle. ‘’La maison de Mahdi’’ par exemple est une demeure que l’on peut trouver à Tunis, à New York, à Paris…comme c’est d’ailleurs le cas pour la ‘’ maison de Lamine’’. Les décors sont neutres. Ils portent un caractère et pas une identité propre à un pays à l’exception du décor de maison des parents de Mahdi là où j’ai signé notre identité tunisienne à dose raisonnable.

Comment avez-vous vécu le tournage de votre point de vue de réalisateur ?

 Je n’évoquerai pas seulement le tournage car l’aventure a commencé depuis l’écriture. J’ai mis dix-huit mois à écrire mon scénario dont la plus grande partie, a été écrite dans un aéroport quand j’ai raté mon avion. Ensuite, le casting où j’ai découvert que l’on pouvait éprouver de l’amour pour ses personnages et le repérage, quand les décors se transforment en réalité. Enfin, vient la grande aventure du tournage pleinement riche de vie, d’expériences et de magie. Pour moi, “ Fausse note ” est un voyage, de l’écriture au générique.

 Avez-vous été confronté à des situations inattendues au cours du tournage ? Lesquelles ?

Je citerai une anecdote. Un jour de forte pluie on devait renverser une voiture tout terrain pour le besoin d’une séquence. Or le chariot élévateur dont nous disposions ne pouvait soulever un poids supé­rieur à deux tonnes. On s’est trouvé dans l’impossibilité de réaliser cette séquence à moins de parvenir à soulever ce carrosse. Alors toute l’équipe ingénieur de son , techniciens décorateurs, acteurs, machinistes…s’est transformée en un seul homme et s’est accrochée à cette bagnole pour la renverser plus vite et mieux qu’un chariot élévateur. Ce fut un moment de décontraction, mais aussi une démonstration d’engagement.

Au terme de votre tournage, êtes-vous satisfait des qualités des acteurs, des techniciens … ?

Le tournage était une découverte. Il y avait des personnes avec qui j’ai travaillé dans le passé, mais aussi d’autres que j’ai découveres à cette occasion. Cette aventure qui a duré des semaines m’a permis de découvrir beaucoup de choses, beaucoup de talents, et quelques incompétences. Mais elle m’a permis surtout de découvrir en moi quelque chose à retravailler.

Les cinéastes tunisiens sont confrontés aux difficultés de financement de leur film. Avez-vous eu ce problème et comment êtes-vous parvenu à le surmonter ?

j’ai travaillé durant trois longues années pour récolter un peu d’argent dans le but de faire un film. Je ne voulais pas tomber dans le piège de la subvention et de la coproduction en sacrifiant mes choix personnels. Je tenais à réaliser ce film sans aucune aide financière. C’était vraiment dur, mais j’ai réussi à le faire ave des fonds personnels. Je pense que la question du financement n’est pas un obstacle majeur pour la réalisation d’un film. Tout est question de volonté et d’amour.

Rachid Slama
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