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Chromédia 2 : Bâtisseurs de médias ou batailleurs de corrida ?

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Publié le 23/05/2012

 

Dans la première d’une série de chroniques que je consacre au secteur des médias et à ses problèmes, pour Tunivisions, je parlais du Syndicat des Journalistes Tunisiens en ces termes : « Le syndicat des Journalistes Tunisiens a pu se tirer de plusieurs situations délicates sans verser dans les discours et les comportements passionnés, se dotant plutôt d’une sérénité et d’une communicabilité rationnellement conduites dénotant d’une expérience forgée à l’école des luttes antérieures, même si parfois des déclarations d’un membre ou d’un autre viennent altérer un précieux capital de crédibilité qui devrait être sauvegardé à coup de rationalité, non de populisme revanchard ». En écrivant ces lignes, je traduisais une idée que j’avais de Néjiba Hamrouni, présidente du SNJT, que je trouvais assez sobre et assez posée pour la circonstance. Malheureusement, le jour même de la publication de la chronique, je tombe sur un duel « facebooké » entre la responsable du syndicat et les administrateurs d’une page intitulée « Journalistes-journalistes ».

En soi, ce mode de communication sociale n’a plus rien de nouveau dans notre quotidien d’aujourd’hui ; l’étonnant serait de ne pas y adhérer et de rester ainsi en dehors des plus menues tendances et des plus curieuses tensions. L’étonnant dans le cas de figure, c’est la façon dont la présidente du syndicat des journalistes a parlé de ses collègues, quels que soient sa divergence, voire son conflit, avec eux. Mme Hamrouni devrait savoir qu’un syndicaliste défend ses collègues même aux pires des situations, quitte à prendre en charge, par la suite, leur encadrement ou même une sanction professionnelle à leur égard, conformément aux critères de la justice clairement précisés dans les textes de référence et traditionnellement entendus dans l’éthique et la déontologie . Mais la première responsable du SNJT, sans doute blessée par une attaque ou peut-être même par une calomnie lui venant de ses adversaires, a tout simplement appelé ses collègues à bloquer leur contact avec ces adversaires, ce que ces derniers n’ont pas manqué de relever comme une contradiction fondamentale de quelqu’un qui devrait défendre la liberté d’expression et qui, du même coup, appelle à étouffer l’opinion contraire à la sienne. Du coup, Mme Hamrouni se retrouve dans la même obédience que ses collègues qui, inconsciemment ou pour le besoin d’une alliance politique particulière, s’attaquent à leurs collègues au nom d’une opinion nullement différente, quelle que soit son absurdité apparente, d’autres opinions en cours contre lesquelles on ne peut rien parce que ce sont des opinions des vainqueurs ou de leurs alliés.

Mme Hamrouni a lancé son « Appel » aux journalistes « Chorfa » (honnêtes) pour sauvegarder « l’unité syndicale », ne sachant peut-être pas que son appel crée déjà la brèche qui risque de compromettre cette unité en séparant les journalistes en deux clans. Par la suite, évidemment, c’est l’argument fourre-tout qui n’est plus de mise, consistant à taxer les adversaires (qui sont logiquement les vrais alliés dans la profession) de toutes les félonies et, pour peu, appelant à « leur lynchage et à leur exécution publique » pour reprendre les mots d’un ministre (que je n’ose qualifier, par respect pour le statut) et oubliant dans tout cela que la justice, la vraie et la seule, n’a qu’un mode de fonctionnement qui s’applique à tous, sans exception aucune, autrement il faudrait lui trouver un autre nom.

Je continue de croire, cependant, que l’appel de Najiba Hamrouni n’est que le résultat d’un moment de dépit et de colère par lequel tout être humain peut passer (à preuve les termes violents par lesquels elle a désigné ses collègues, même anonymes, et l’appel à leur déclarer « la guerre ») et que retrouvant son calme et sa lucidité, elle passerait outre et chercherait à regrouper ses collègues autour des valeurs et des objectifs partagés. En effet, loin de tout populisme de basse échelle, la responsabilité syndicale est d’abord de rôle pédagogique et de visée conciliatrice.

Faut-il souligner que ce sont les supposés « adversaires » ( ?!) de la présidente du syndicat (non moins critiquables, eux aussi, quant à leur façon de faire)  qui ont tenu à diffuser son message ? Ils ont usé là d’une stratégie d’attaque assez intelligente, retournant l’argumentation de Najiba Hamrouni contre elle. Franchement, en tant que première responsable, elle aurait pu faire l’économie de cette maladresse ; mais quand on voit le nombre de maladresses commises par ailleurs par des responsables de l’Etat, on ne peut qu’être tolérant à son égard, avec l’espoir de la voir tirer de cette situation l’enseignement qui s’impose.

 

 

Mansour M’henni
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