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A l’Université Paris Sorbonne : la diffraction culturelle de la révolution tunisienne

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Publié le 11/06/2012


« Révolution, arts, mutations » est une rencontre académique organisée autour de la révolution tunisienne en sa qualité de première révolution dans le monde arabe, à la manière dont la révolution française est considérée comme la première révolution des droits de l’homme du monde occidental.

Les co-organisateurs sont le Centre de Recherche en Arts Visuels – CRAV (Université Paris 1 Panthéon–Sorbonne) ; le Laboratoire de Recherches en Culture, NTIC et Développement (Université de Tunis) ; l’Institut Thétis de la Méditerranéité – IthéMed (Association pour la Culture et les Arts Méditerranéens – ACAM) et l’Association Tunisienne de Musicologie. Les travaux se sont tenus le 9 juin 2012 au Centre Panthéon Université Paris 1 Panthéon–Sorbonne. C’est une rencontre inscrite dans la continuité de la réflexion engagée au moins de mai à Sousse (Tunisie) autour du thème « Quelle culture pour la seconde république en Tunisie ? », à l’initiative des mêmes organisateurs.

Les communications données dans ce cadre sont celles de :

Éliane CHIRON (Artiste en arts visuels, professeur des Universités émérite, Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Directrice du CRAV) : Souveraineté de l’image, « dans le temps d’un éclair »

Mohamed ZINELABIDINE (Artiste et professeur d’Enseignement Supérieur en Sciences Culturelles - Université de Tunis. Président du Laboratoire de Recherches en Culture, Nouvelles Technologies et Développement) : Le Révolutionnaire que je suis !

Françoise BRUNEL (Ancienne maître de conférences et vice-présidente du Conseil scientifique de Paris 1 Panthéon-Sorbonne) : Arts pour et par le peuple sous la Révolution française

Mansour M’HENNI (Professeur d’Université en littératures et civilisations françaises et francophones - Université de Tunis-Manar. Président de l’Association pour la Culture et les Arts Méditerranéens) : Soudain la révolution à plume déployée « la Révolution tunisienne dans trois textes de la littérature tunisienne de langue française »

Hélène MARQUIÉ (Chorégraphe, maîtresse de conférences en études de genre, arts, au Centre d’Etudes de genre de l’université de Paris VIII. Membre du laboratoire CRESPPA-GRM. Membre du Conseil scientifique de l’Institut Émilie du Châtelet) : « L’étincelle qui cherche la poudrière»

Radhi DAGHFOUS (Professeur d’Histoire islamique à la Faculté des Sciences Humaines et Sociales - Université de Tunis. Président du Laboratoire de Recherches du Monde Arabo-Islamique Médiéval - Université de Tunis) : La Révolution tunisienne dans le processus des mouvements sociaux de la Tunisie à l’époque islamique

Saifallah BEN ABDERRAZAK (Maître-assistant de l’Enseignement supérieur, musicien musicologue. Directeur de l’Institut Supérieur de Musique de Tunis.) : La vie musicale en Tunisie après la Révolution, état des lieux et attentes.

 

Les principaux axes dégagés de cette rencontre (communications et débat) peuvent se résumer comme suit :

 

+ D’abord un débat fort animé sur la nature de « l’événement tunisien » ! Une révolution ? Quelle en est alors la configuration ?! Un processus révolutionnaire ? Quels sont donc les signes de son évolution vers une vraie révolution ?! Une simple secousse sociale dont certaines parties cherchent à confisquer l’esprit et les objectifs ? Où résideraient dans ce cas les raisons de ce qu’il faudrait bien appeler « un échec de l’esprit révolutionnaire » ?!

+ S’il est pratiquement vérifié que le mouvement n’était pas parti d’une idée révolutionnaire, et que la revendication d’un renversement du régime n’ait paru plus perceptible que les derniers jours de la première quinzaine de janvier 2011, il reste vrai aussi que l’orientation politiquement révolutionnaire ne s’est imposée qu’après le 14 janvier sur impulsion de certains courants politiques alliés de l’Union Générale Tunisienne du Travail, qui a été en vérité la principale force ayant conduit le soulèvement jusqu’à son ultime aboutissement. Dans cette configuration globale, où réside le rôle de l’intellectuel, pendant les événements, du point de vue de sa force de mobilisation populaire ? Et là, peut-on considérer que l’artiste est un intellectuel ou faudrait-il faire la part de l’un et celle de l’autre ? En effet, si le rôle politique de l’intellectuel est attesté, celui de l’artiste est-il forcément l’idée au mouvement de la foule où agit-il à un autre niveau : celui de l’intelligence sensible, de l’inconscient même ?

+ Comment s’explique alors le silence imposé ou choisi de l’artiste après la révolution ? Faut-il y voir une forme de reconnaissance du rôle direct ou indirect, grand ou minime, mais tout aussi responsable de la dictature qui a pu régner aussi longtemps ?

+ Finalement, le paysage de création après ces événements, surtout dans la littérature et dans la musique, comment l’expliquer sans cette double postulation qui laisse voir, d’un côté la tendance à un nouvel auto-positionnement dans la nouvelle configuration socio-culturelle en rapport étroit avec l’économique et le politique (certains essais littéraires trop rapidement produit, la profusion de chanteurs et musiciens trop rapides à réoccuper la scène parfois au détriment de la qualité artistique), de l’autre l’affirmation générale de l’abolition de la censure comme un autre mur de l’interdit détruit par le mouvement social.

+ Peut-être qu’en définitive, la vraie question est la suivante : ce moment très critique de transition politique, a-t-il vraiment besoin de l’art et des artistes ? Et si révolution il y a, est-il déjà temps d’en inscrire l’esprit dans l’art ou faudrait-il attendre encore.

 

Ce qui est certain, c’est que ces deux séminaires, à Sousse puis à Paris, ont permis une réflexion assez riche et profonde, de nature à ouvrir la voie à un travail plus étendu pour commencer à donner à cet événement exceptionnel, quelle qu’en soit la configuration finale, sa structure culturelle seule à même de lui permettre un vrai prolongement dans l’Histoire.

 

Mansour M’henni
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