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Chronique: Pourvu qu’on ne trahisse jamais ce pays (partie 3)

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Publié le 02/10/2012

     

Devant le désastre du règne de Ben Ali, à la fois moral et matériel, révélé jour après jour depuis le 14 janvier 2011, est-il encore possible de faire confiance à la politique et aux  politiciens ? Vous croire donc, Mesdames et Messieurs les politiques postrévolutionnaires, en admettant qu’on ne conduit un peuple qu’en lui montrant un avenir, un chef est un marchand d’espérance, disait Bonaparte, mais de quel avenir en Tunisie serait-il question? Vous revient-il de nous montrer le plus exaltant, le moins mauvais,  ou le moins macabre ? De la bonne morale, comme vous dites, de la bonne gestion et de la refonte du système des valeurs pour une Tunisie portée par le vrai, le pur et le rêve.

Mais y-a-t-il encore une place au rêve en Tunisie ? De l’infaillibilité de l’intérêt public comme vous dites, oui sans doute, mais il en faudrait davantage pour redresser une société touchée au plus profond de sa considération idéelle et intellectuelle, par le discrédit moral et politique! C’est l’histoire qui m’enseigne, c’est la vérité qui me renseigne, quant à un pays voué, à présent, à lui-même et à vos ambitions. Jean Jaurès le rappelait, il ne peut y avoir de révolution que là où il y a conscience.


Lecteurs de l’histoire, souvenez-vous de Bonaparte, quoi qu’en retienne ou écrive Hegel ! Hilter, quoi qu’en entonne Heidegger ! Staline, loin du miroir trompeur qu’en font Paul Eluard, Aragon, André Wurmser, André Stil et Jean Paul Sartre… ! Que de politiques, penseurs, poètes, historiens ont imprimé l’esprit d’un temps et ses « vertus provisoires » ! Où en sont-ils - de courage et de lâcheté - d’une dictature intellectuelle à laquelle ils auront bien pris part, de hasard et de volonté ? Où en sont-ils ? Où en sommes-nous ? La politique est hélas un sérail, un leurre à rebonds, des conquêtes éphémères que tout se résout à justifier et à infirmer, en même temps.

L'histoire intellectuelle du XXè.s est bien riche en mouvements et en personnages politiques de tous bords ; communistes, maoïstes, progressistes, socialistes, nationalistes, démocrates, républicains, ultra-conservateurs, mondialistes et j’en passe, ils se sont érigés en guides de l'humanité, disposant du bien et du mal, du juste et de l'injuste, faisant valoir un establishment  intellectuel complice dont ils furent les apologistes notoires.

Bourguiba, n’a-t-il pas failli à son idéal républicain en circonscrivant la démocratie pour interdire le pluralisme, réprimer ses opposants et se proclamer président à vie ? Ben Ali n’a-t-il pas perverti le manifeste du 7 novembre, en dépit du pacte qu’il a inspiré et signé lui-même avec les partis politiques et représentants de la société civile ? C’est toute la réalité abjecte et infecte qu’on nous fait subir jusqu’à nous impliquer dans ce qui nous dépasse, en proie que nous sommes à toute forme de subjectivation et de personnalisation du pouvoir et de ses intérêts impolitiques.


Mais qu’est-ce qu’un discours, une promesse électorale, si ce n’est qu’une intention incertaine, voire improbable ? N’est-ce pas Charles de Gaulle qui épiloguait longuement sur l’improbabilité des effets discursifs en rapport avec les gages hypothétiques de l’homme politique. Que de promesses se sont retournées contre leurs destinataires aux visages découverts de personnages insatiables, avides et mégalomanes que l’histoire a subitement révélés et dénoncés, à postériori ? Ils nous ont trahis, méprisés, instrumentalisés au sceau d’un dirigisme accablant et intimidant. Car le pouvoir est souvent ce qu’est l’homme à sa propre nature ; égoïsme et clanisme aussi partisans que courtisans.


Vous autres politiques postrévolutionnaires en ferez peut-être de la Tunisie l’empreinte de vos écritures.

Nous autres citoyens en ferons, sans doute, la réfraction d’une histoire conjuguée dont vous vous prévalez aujourd’hui, et qui demain sera votre seule juge !

 

Mohamed ZINELABIDINE
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